Interview Emmanuelle POL

PRIX NAISSANCE D’UNE ŒUVRE — FINALISTE 2026

« Trouver le temps d’écrire, c’est une lutte. Cette reconnaissance dit que j’ai bien fait de m’obstiner. »

Emmanuelle Pol

Née à Milan, élevée en Suisse, installée à Bruxelles depuis près de quarante ans, Emmanuelle Pol est finaliste du Prix Naissance d’une œuvre pour Jan, sur un air de jazz, roman qui est à la fois une déclaration d’amour au jazz, à la Belgique — et aux hommes.

LE TRAVAIL D’ÉCRITURE

Comment écrivez-vous ? Avez-vous une manière de travailler qui vous est propre ?

J’ai le sentiment d’avoir un fonctionnement un peu curieux, mais c’est le mien. J’ai généralement un projet assez clair au départ, que je mets en place assez vite. Je suis plutôt structurée dans cette première phase.

Mais une fois que cette matrice est là, je commence à tripoter là-dedans dans tous les sens. Et à partir de ce moment-là, il y a une espèce de floraison plus anarchique, qui pousse l’œuvre dans des directions que je n’avais pas forcément attendues. Je reprends au milieu, à la fin. C’est beaucoup plus libre.

Il y a des auteurs qui planifient tout et ne s’en écartent jamais. Moi, j’ai besoin de la matrice au départ. Je ne pourrais pas commencer sans. Mais le grand plaisir, ensuite, c’est précisément de la quitter : prendre des chemins de traverse, me laisser aller à un autre endroit que celui que j’avais prévu.

« Le grand plaisir, c’est de quitter le plan pour prendre des chemins de traverse et se laisser aller.  »

LE PRIX

Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’être finaliste du Prix Naissance d’une œuvre ?

C’est magnifique. Je trouve que l’idée de ce prix est une idée magnifique et importante. Récompenser un livre, c’est une chose, mais récompenser la patience, l’obstination, le travail, un chemin qu’on ne suit pas forcément dans des circonstances faciles et qu’on essaie vraiment de creuser, c’est une démarche originale et précieuse.

Écrire dans une vie – en travaillant à côté pour gagner sa vie comme c’est mon cas – trouver ce temps d’écriture, cette disponibilité, c’est vraiment une lutte. Récompenser tout ça, récompenser une cohérence, c’est quelque chose de très important.

Et il y a aussi cette démarche du jury, qui lit plusieurs livres d’un auteur. C’est très précieux de savoir qu’on ne sera pas jugé sur un seul livre, mais sur un travail dans sa durée. Ça veut dire qu’on peut montrer plus de facettes de ce qu’on fait. Cette sélection me dit que j’ai bien fait de m’obstiner, et ça, c’est précieux.