Biographie de Jérôme CHANTREAU

Lauréat 2026 du Prix Naissance d’une œuvre : Jérôme Chantreau

Jérôme Chantreau a vu le jour à Paris et a passé son enfance entre la capitale et la forêt mayennaise, deux paysages qui irrigueront durablement son écriture. L’un de pavés et de mémoire urbaine, l’autre de silence végétal et d’attention au vivant.

Après une maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, il fonde un centre équestre, suit une formation en sylviculture pour entretenir la forêt qui entoure la maison familiale en Mayenne, puis enseigne le français pendant vingt ans, notamment au Pays basque, avant de rejoindre la campagne sarthoise où il vit aujourd'hui.

Depuis six ans, en disponibilité de l'Éducation nationale, il se consacre entièrement à l'écriture. Sa discipline est connue : il s'installe à son bureau dès cinq heures du matin, sept jours sur sept, trois cent soixante-cinq jours par an. Ni cafés ni voyages : c'est la régularité, dit-il, qui déclenche l'imaginaire.

Il s'est révélé en 2016 avec Avant que naisse la forêt aux éditions Les Escales (Prix François-Augiéras, Prix Talents Cultura/Femme actuelle, Prix de la Plume d'or du premier roman), où s'imposait déjà une voix singulière, entre réalisme dépouillé et envolées oniriques. Ont suivi deux ans plus tard, toujours aux éditions Les Escales, un récit qui mêlait enquête intime et histoire familiale : Les Enfants de ma mère (Prix Francis Jammes). En 2021 paraît Bélhazar (éditions Phébus), livre bouleversant consacré à la mémoire d'un ancien élève disparu trop tôt. Le roman remporte lui aussi un prix littéraire (Prix Jean Daniel 2022). C'est dans ce troisième roman, à l'occasion d'un passage situé pendant la bataille de Verdun, que son goût pour l'Histoire se révèle.

L'affaire de la rue Transnonain (La Tribu, 2025), distingué par le Grand Prix des Lectrices Elle Fiction avant d'être couronné par le jury du Prix Naissance d'une œuvre, confirme cette inflexion. Le roman ressuscite un épisode oublié d'avril 1834. Alors qu'une insurrection embrase Paris, un capitaine est tué sur une barricade ; ses hommes, persuadés que le coup de feu est parti d'un immeuble de la rue Transnonain, y font irruption et massacrent tous les habitants : hommes, femmes, enfants, vieillards. Parmi les victimes, un jeune homme de dix-huit ans, désigné comme coupable. Sa fiancée, Annette Vacher, échappe au massacre et disparaît dans la ville. Seule témoin de son innocence, elle devient l'objet de la traque de l'agent Lutz, chargé de l'enquête. C'est sur ses traces que le roman s'élance.

L'auteur a découvert l'affaire par hasard, en travaillant sur un autre livre. Le mot lui-même, Transnonain, suranné et opaque, l'a d'abord arrêté ; derrière lui se déployait toute une histoire enfouie, dont Hugo, Stendhal et Lamartine s'étaient pourtant émus en leur temps, et que la célèbre lithographie de Daumier avait sauvée de l’oubli total. Il aura fallu trois ans et demi à Jérôme Chantreau pour lui rendre justice. Trois ans et demi à mener de front la recherche documentaire et l'écriture, au service d'une exigence qu'il revendique sans détour : celle d'un roman attentif au moindre détail.

Au fil des livres, un même geste se dessine : l'enquête, et derrière elle, une injustice à redresser. Redonner voix à ceux que l'histoire a écrasés : un ancien élève, une jeune femme du XIXᵉ, bientôt des accusées de sorcellerie du XIVᵉ siècle, sur lesquelles porte son prochain roman. Le décor change, la quête demeure.

Avec quatre romans qui s'appellent et se prolongent, Jérôme Chantreau incarne pleinement l'esprit du Prix Naissance d'une œuvre. Non pas la promesse, mais l'œuvre déjà en chemin, patiente, exigeante, traversée d'un même geste, celui de rendre voix à ceux que l'histoire a fait taire.